Annualisation du temps de travail : le faux « win-win »

Le gouvernement veut réformer le cadre juridique et introduire ce qu’on appelle les « horaires en accordéon ». En période de forte activité, les journées de travail peuvent atteindre douze heures, ces heures supplémentaires devant être compensées ultérieurement par des journées de travail plus courtes ou des semaines de travail allégées. Sur le papier, cela semble séduisant. Mais sur la fiche de paie, cela peut se traduire par une perte de revenus.

Plus la période sur laquelle le temps de travail est calculé est longue, plus le risque est grand que les heures supplémentaires disparaissent simplement au profit d’une compensation ultérieure. Les salariés fournissent le même effort, mais gagnent de moins en moins. Leur pouvoir d’achat diminue, tandis que les employeurs peuvent plus facilement adapter leurs effectifs aux fluctuations de la production.


Pour la FGTB, l’annualisation signifie avant tout : 

•    des horaires de travail moins prévisibles ;
•    une pression accrue sur les salariés ;
•    une protection collective réduite ;
•    plus de pouvoir pour les employeurs ;
•    une nouvelle érosion de la concertation sociale.
 

Jusqu’à 1 500 euros nets de moins par an

Selon nos calculs, un salarié à temps plein qui effectue régulièrement des heures supplémentaires peut perdre jusqu’à 1 500 euros nets par an en raison de l’annualisation. Mais « Le problème se pose avec encore plus d'acuité pour les travailleurs et travailleuses à temps partiel. Avec l'annualisation, ils risquent de ne plus bénéficier d'heures complémentaires rémunérées puisqu'ils n'atteindront jamais, sur une base annuelle, la durée d'un temps plein. De plus, des horaires entièrement variables rendront pratiquement impossible la combinaison avec un autre emploi à temps partiel » déclare Selena Carbonero Fernandez, Secrétaire générale de la FGTB.


Une fois de plus, le gouvernement propose une réforme radicale sans consultation des interlocuteurs sociaux, et sans tenir compte de la réalité sur le terrain. Après l’extension des « flexi-jobs », l’annualisation menace désormais elle aussi de faire voler en éclats les repères fixes du monde du travail. Les horaires de travail réguliers sont remplacés par une disponibilité permanente. Celles et ceux qui font preuve de flexibilité voient leur sécurité s’amenuiser.


Une situation gagnant-gagnant ? Uniquement si l’on ne tient compte que des intérêts de l’employeur. Pour les salariés, cette réforme risque surtout de se transformer en une situation perdant-perdant.