Derrière la communication, l’addition sociale reste la même
À l'issue d'une nouvelle réunion marathon, le gouvernement fédéral annonce avoir tranché plusieurs dossiers. Certaines mesures constituent des avancées, comme les cinq jours supplémentaires de congé de naissance ou l'interdiction d'importer des produits issus des territoires palestiniens occupés. Mais elles ne doivent pas occulter l’essentiel : l’orientation fondamentale de ce gouvernement reste inchangée. Derrière quelques correctifs sociaux demeurent des réformes qui imposent davantage de flexibilité aux travailleurs et travailleuses, et fragilisent les protections collectives.
Annualisation du temps de travail : aucun accord, le débat ne fait que commencer
Une chose doit être parfaitement claire : il n’existe aujourd’hui aucun accord sur l’annualisation du temps de travail. Le gouvernement a décidé de demander d’abord aux partenaires sociaux de se prononcer sur une prime ou sur une autre forme de compensation destinée aux travailleurs et travailleuses qui subiraient une perte de pouvoir d’achat. Ce n’est qu’une fois un accord trouvé sur ce point que le dossier pourra être examiné à nouveau. Ce n’est pas un détail. Cela démontre que les préoccupations de la FGTB n’ont pas pu être ignorées.
Nos calculs montrent qu’un travailleur à temps plein effectuant régulièrement des heures supplémentaires sans protection suffisante pourrait perdre jusqu’à 1.500 euros nets par an. Pour les personnes qui travaillent à temps partiel, l’impact pourrait être encore plus important. Pour la FGTB, le débat ne se limite toutefois pas à une compensation financière.
L’annualisation remet également en cause la prévisibilité des horaires de travail, la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale, la santé ainsi que les protections collectives sur le lieu de travail.
Selena Carbonero Fernandez de la FGTB, déclare : « Le fait que le gouvernement reconnaisse qu’il faut d’abord résoudre la question de la perte de pouvoir d’achat constitue une étape indispensable. Mais une prime ne transforme pas un mauvais système en un bon système. Les travailleurs ne sont pas des accordéons que l’on étire lorsque la production augmente, puis que l’on comprime à nouveau dès que la conjoncture se dégrade. Il n’y a aujourd’hui aucun accord et, pour la FGTB, il n’y en aura pas tant que les travailleuses et travailleurs n’en retireront pas un réel bénéfice. »
Congé de naissance et crédit familial : plus de droits, pas moins de protection
La FGTB se réjouit des cinq jours supplémentaires de congé de naissance. Accorder davantage de temps aux jeunes familles constitue une avancée.
Le crédit familial annoncé devra, en revanche, faire l’objet d’une analyse syndicale approfondie. Une simplification des différents régimes de congé ne peut jamais se traduire par un recul des droits existants. Le congé parental, le congé de naissance et les congés pour soins sont des droits sociaux individuels qui protègent les travailleurs et travailleuses. Ils ne peuvent devenir un simple « budget familial » que parents, beaux-parents ou grands-parents devraient se partager.
La FGTB s’opposera à toute réforme qui affaiblirait davantage la position des femmes sur le marché du travail, remettrait en cause la protection de la maternité ou transférerait toujours plus la responsabilité des soins vers les familles. Améliorer réellement la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale suppose d’investir dans des congés mieux rémunérés, de favoriser davantage la prise de congé par les pères et coparents, de développer des structures d’accueil de qualité et financièrement accessibles ainsi que des services publics solides. Les familles ont besoin de davantage de droits, pas de davantage de responsabilités seulement parce que l’État se désengage.
Interdiction des organisations radicales : la vigilance reste de mise
À la suite de l’avis critique du Conseil d’État, le gouvernement a adapté son projet et confirme explicitement que les organisations politiques, syndicales, philanthropiques, philosophiques et religieuses ne pourront pas faire l’objet d’une interdiction administrative. Cette clarification était indispensable. Pour la FGTB, elle ne constitue toutefois pas un point final. Nous examinerons attentivement les textes définitifs.
La lutte contre l’extrémisme ne peut servir de prétexte pour affaiblir la liberté d’association, la liberté d’expression ou d’autres droits fondamentaux. Dans un État de droit démocratique, il appartient en dernier ressort au juge indépendant, et non au gouvernement, de statuer sur de telles mesures.
Palestine : enfin un choix politique nécessaire
L’interdiction annoncée des importations de produits provenant des territoires palestiniens occupés constitue un signal important. Pour la FGTB, il s’agit d’une étape indispensable afin d’appliquer le droit international de manière cohérente. Sa mise en œuvre concrète déterminera toutefois si cette décision dépasse le stade du symbole.
Le fil conducteur reste le même
Lorsqu’on examine l’ensemble de ces dossiers, un choix politique clair apparaît. Lorsque les employeurs réclament davantage de flexibilité, le gouvernement cherche des solutions. Lorsque les travailleurs et travailleuses demandent davantage de sécurité, ils se voient opposer des conditions, des exceptions et des reports.
La FGTB soutiendra toute mesure qui améliore concrètement la situation des travailleurs et travailleuses. Mais elle continuera à s’opposer avec la même détermination aux réformes qui démantèlent progressivement les droits sociaux, sous couvert de modernisation.
Selena Carbonero Fernandez, Secrétaire générale de la FGTB, conclut : « Les bonnes mesures méritent d’être saluées. C’est le cas de l’extension du congé de naissance et de tout investissement qui renforce les travailleurs. Mais le progrès social ne se mesure pas au nombre de communications positives. Il se mesure à une question simple : les travailleurs disposent-ils, à la fin du mois, de davantage de sécurité, de protection et de pouvoir d’achat ? Aujourd’hui, c’est loin d’être acquis. C’est pourquoi la FGTB continuera d’évaluer chaque réforme à l’aune de ses conséquences pour celles et ceux qui font vivre notre société au quotidien. »