Le handicap salarial belge, c’est fini !
La Belgique enregistre un avantage inédit en matière de coûts salariaux par rapport aux pays voisins.
Selon les nouveaux chiffres officiels du Conseil central de l’Économie (CCE), les salaires en Belgique ont augmenté moins rapidement que dans les pays voisins. La Belgique affiche un avantage en matière de coûts salariaux et les bénéfices des entreprises atteignent des sommets. Cela prouve que le dumping salarial est allé trop loin et qu’il est temps de rémunérer les travailleurs et travailleuses équitablement.
D’après le dernier Rapport technique du Conseil central de l’Économie (CCE), les salaires en Belgique ont augmenté, depuis 1996, de 1,1 % de moins que dans les pays. Selena Carbonero Fernandez, Secrétaire générale de la FGTB : « C’est du jamais vu. Les employeurs peuvent arrêter de crier au loup, ils doivent abandonner le terme stigmatisant de “handicap salarial”, car c’est officiel : il a été résorbé. Malgré l’indexation tant décriée, nos salaires ont augmenté moins vite et nous enregistrons donc un avantage en matière de "coûts salariaux" par rapport aux pays voisins. »
La loi de 1996 fait en sorte que la modération salariale en cours depuis 2015 a complètement dérapé. L’imposition des normes salariales à zéro ces quatre dernières années est déconnectée de la réalité socio-économique. La Belgique pratique un dumping salarial vis-à-vis de ses pays voisins.
En plus, cet avantage officiel en matière de "coûts salariaux" ne tient pas compte des 14,5 milliards d’euros de réductions de cotisations patronales et de subsides salariaux que les entreprises belges reçoivent chaque année. La FGTB en a tenu compte et a calculé que l’évolution des coûts salariaux depuis 1996 est inférieure d’environ 5 % à celle des pays voisins. Un avantage considérable pour notre pays.
Le rapport du CCE montre également que les marges bénéficiaires brutes sont passées de 36 % à 44 % entre 1996 et 2024, parce que les salaires ont pris du retard par rapport à la productivité. Une part plus importante de la hausse de la productivité des travailleurs et travailleuses reste dans les entreprises et n’est pas redistribuée à celles et ceux qui créent les richesses.
Le CCE souligne aussi que pas moins des deux tiers de l’augmentation des marges bénéficiaires brutes résultent des réductions de cotisations patronales accordées notamment via le tax shift. Hallucinant ! « Les entreprises n’ont donc pas du tout utilisé ces réductions pour renforcer leur position concurrentielle, mais uniquement pour augmenter leurs marges bénéficiaires brutes », insiste Selena Carbonero Fernandez. « Que le gouvernement accorde en plus à ces entreprises une enveloppe de compétitivité de 1,5 milliard est aberrant, surtout en période d'austérité budgétaires. »
La conclusion du nouveau rapport du CCE s’impose : il faut moderniser le cadre. L’avantage en matière de coûts salariaux prouve que les salarié.es n’ont pas bénéficié d’augmentations suffisantes. Le mécanisme à l’origine de cette modération salariale, à savoir la loi de 1996, qui maintient nos salaires dans un carcan, doit être réformé en profondeur. La marge salariale doit être indicative, ce qui permettra de libérer la négociation collective interprofessionnelle et ensuite, au niveau des secteurs, de négocier en fonction de leurs propres réalités, selon la productivité et la rentabilité qui sont les leurs. Et ce, afin que les travailleurs et travailleuses puissent obtenir ce à quoi ils ont droit. La comparaison des "coûts salariaux" doit également intégrer tous les cadeaux (subsides) accordés aux employeurs.