Malus Jambon : doublement injuste sur le plan social et troisième plus sévère de l’UE

D’ici 2030, le malus de pension Jambon sera le troisième plus sévère de l’Union européenne. Toute personne partant à la pension à 63 ans risque alors un malus de 16 %. Alors que de nombreux pays prévoient des règles plus souples pour les femmes, le malus Jambon frappe surtout les femmes ayant une carrière à temps partiel. Les travailleurs ayant une carrière précaire sont eux aussi touchés, alors même qu’ils ont moins d’années de vie (en bonne santé) devant eux. Aucune correction n’est prévue pour les métiers pénibles. Le malus Jambon constitue un exemple emblématique de redistribution régressive.

« Le malus Jambon a sa place au musée des propositions politiques recalées », déclare Selena Carbonero Fernandez, secrétaire générale de la FGTB. « Nous connaissons déjà une correction en cas de carrière incomplète de moins de 45 ans et nos pensions sont nettement inférieures à la moyenne européenne. Ajouter à cela un malus sévère qui transforme la pension anticipée en un luxe réservé à celles et ceux qui peuvent en supporter la sanction financière, c’est aller beaucoup trop loin. » La FGTB dénonce le fait que le ministre reste aveugle aux inégalités du marché du travail. « Jambon ne tient pas compte des carrières des femmes ni de la pénibilité du travail. Le travail soutenable et les aménagements de fin de carrière devraient être au cœur des priorités. Un malus conçu uniquement pour des carrières modèles n’a pas sa place dans notre système de pension. »

Le service d’études de la FGTB a comparé, sur la base des données de la Commission européenne, les systèmes de malus dans l’UE et conclut que le malus Jambon sera en 2030 le troisième plus sévère de l’UE. Le malus s’élèvera alors à 4 % par an, appliqué pour chaque année d’anticipation par rapport à l’âge de la pension de 67 ans. Toute personne partant à la pension à 63 ans, soit l’âge moyen réel de départ en Belgique, risque un malus total de 16 %. En 2030, il s’agira ainsi du troisième malus le plus sévère de l’UE, après la Grèce et le Portugal. Quinze pays de l’UE appliquent un malus linéaire lié à l’âge de départ à la pension, mais dans de nombreux cas celui-ci est calculé par rapport à un âge légal de 65 ans ou moins.

Le ministre des Pensions méconnaît également les parcours professionnels des femmes. Parce qu’elles travaillent plus souvent à temps partiel et comptent davantage de périodes assimilées, 38 % d’entre elles seront confrontées à un malus, contre 15 % des hommes. Alors que le malus Jambon vise précisément les « carrières féminines », plusieurs pays d’Europe centrale et orientale appliquent un âge de la pension plus bas pour les femmes, ce qui leur permet souvent de partir à 63 ans sans malus ou avec un malus plus faible. 

En outre, en rendant l’application du malus dépendante de la « carrière effective » antérieure, le gouvernement récompense celles et ceux qui ont eu une carrière modèle et pénalise les personnes moins favorisées : un exemple typique de redistribution régressive. Les périodes de chômage, les emplois de fin de carrière et le travail à temps partiel « avec maintien des droits » ne sont pas prises en compte pour échapper à ce malus. Pour les personnes ayant exercé un travail pénible – pensons notamment au travail de nuit ou au travail physiquement lourd – il est logiquement plus difficile de satisfaire aux conditions d’exemption (35 années travaillées et 7 020 jours travaillés). Contrairement à l’Autriche, le ministre Jambon ne prévoit aucune correction pour les métiers pénibles.

Enfin, le malus Jambon pénalise celles et ceux qui ont commencé à travailler tôt. Le gouvernement utilise l’âge de la pension de 67 ans (66 pour les personnes nées en 1963 ou avant) comme référence, et non la carrière complète de 45 ans. Une personne ayant commencé à travailler tôt et totalisant déjà une carrière complète de 45 ans vers 63 ans risque malgré tout un malus de pension. Une personne ayant fait de longues études et arrivant à l’âge de la pension avec une carrière incomplète est automatiquement exemptée du malus et peut facilement constituer un bonus de 4 ou 5 % par an. Alors même qu’elle exerce généralement un travail moins pénible et bénéficie d’une espérance de vie en bonne santé plus élevée. Le malus Jambon n’est pas une réforme : c’est un effet Matthieu en accéléré.