Face aux manifestants : l’usage disproportionné de la force

La semaine dernière, on a vu des milliers d'étudiantes et d'étudiants, d'enseignantes et d'enseignants, de parents, de travailleurs de la culture et de citoyens se rassembler à Bruxelles pour défendre l'enseignement, la recherche, la culture, les médias publics et, plus largement, l'avenir de notre société, contre les politiques du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Face à eux, le pouvoir a employé la force. Et même évoqué l’envoi de jeunes dans des camps de redressement. La FGTB s’inquiète pour le droit de protester et dénonce une atteinte à l’État de droit.

Les violences commises ces derniers jours à Bruxelles, en marge de la manifestation du 4 juin ou par des groupuscules infiltrés durant la manifestation, doivent être condamnées. Cependant, elles ne peuvent justifier ce qui s'est déroulé sous les yeux de milliers de pacifistes: un déploiement sécuritaire profondément inquiétant.

Autopompes, unités anti-émeutes, charges policières, matraques, gaz lacrymogènes, chiens policiers : voilà ce qui a été opposé à des jeunes venus défendre leur droit à apprendre, à se former et à construire leur avenir. Des familles avec enfants, des enseignants et des étudiants ont été confrontés à une démonstration de force dont la nécessité et la proportionnalité posent aujourd'hui de sérieuses questions.

Plus grave encore, la présence de militaires armés de fusils d'assaut à proximité de la mobilisation constitue une image que nous ne pouvons banaliser. Dans un État de droit, l'armée n'a pas vocation à encadrer des mouvements sociaux. Cette confusion des rôles est dangereuse. Elle installe insidieusement l'idée que la contestation sociale serait une menace sécuritaire plutôt qu'une composante normale et indispensable de la vie démocratique.

Les jeunes présents dans les rues de Bruxelles jeudi dernier ne demandaient pas de privilèges. Ils réclamaient les moyens de leur émancipation et le droit d'être entendus avant que des décisions lourdes de conséquences ne soient imposées. Être entendu, c’est aussi ce que demande le mouvement social qui résiste depuis plus d’un an et demi aux réformes du gouvernement Arizona.

Gouverner ne se résume pas au pouvoir de décider ou de faire des économies budgétaires. Gouverner implique d'écouter les signaux de détresse et suppose le respect des libertés fondamentales. Dans un État de droit, cela exige aussi que la force publique protège l'exercice des droits démocratiques au lieu de les contenir. La FGTB refuse que l'on habitue notre société à voir des étudiant.es, des enseignant.es et des familles traités comme des menaces à l'ordre public lorsqu'ils exercent leur droit de manifester.