Les flexi-jobs sapent les finances publiques : plus d’un demi-milliard d’euros de pertes par an

Aujourd’hui, le Parlement devrait donner son feu vert à la généralisation des flexi-jobs à partir du 1er juillet. Au-delà de la qualité des emplois qui régresse, une dérive budgétaire est à craindre. D’ici 2030, les pouvoirs publics perdront plus d’un demi-milliard d’euros de recettes. Par ce biais, de manière perverse, l’Arizona prépare le terrain pour de nouvelles politiques d’austérité.

« Le gouvernement aborde une nouvelle négociation budgétaire compliquée et déclare rechercher au moins 7 milliards d’euros d’économies. Mais, en même temps, il élargit un système qui creuse structurellement le déficit public. Quel cynisme ! », dénonce Selena Carbonero Fernandez, Secrétaire générale de la FGTB.

Plus d’un demi-milliard de pertes par an

Les flexi-jobs entraînent directement une perte importante de recettes pour l’État et la sécurité sociale. Rien qu’en 2026, le système représentera :

  • 132 millions d’euros de cotisations sociales en moins ;
  • 253 millions d’euros d’impôt des personnes physiques en moins.

Soit une perte totale de 380 millions d’euros. Ces ressources sont perdues parce que ces emplois ne sont soumis ni aux cotisations ni à la fiscalité normales. Si les flexi-jobs étaient soumis aux cotisations ordinaires, c’est-à-dire aux cotisations de sécurité sociale et à l’impôt des personnes physiques, l’État pourrait enregistrer 380 millions d’euros de recettes supplémentaires dès cette année.

Malheureusement, ce n’est qu’un début. Le coût du système risque de déraper complètement dans les années à venir pour dépasser le demi-milliard d’euros par an. En 2030, les pouvoirs publics perdront près de 194 millions d’euros de cotisations sociales et plus de 370 millions d’euros d’impôt des personnes physiques (IPP), soit environ 560 millions d’euros au total.

« L’extension des flexi-jobs est injustifiable en soi, et plus encore dans un contexte de contraintes budgétaires », poursuit Selena Carbonero. « Il est évident que le gouvernement ne tient aucun compte des avertissements de la Banque nationale concernant la baisse des recettes. Il continue simplement d’assécher les finances du pays. »

L’Arizona réduit volontairement les recettes publiques, selon le principe du « starve the beast ». Il approfondit les déficits qui serviront ensuite de prétexte pour réduire la protection sociale et les services publics, avec des conséquences concrètes pour la population. « C’est pervers : les pensions sont trop faibles, un flexi-job peut sembler financièrement intéressant, mais le système est précisément conçu pour qu’il sape le financement des pensions. », affirme la Secrétaire générale.

Une dérive structurelle

Par cette décision, le gouvernement poursuit sa politique de recours aux emplois d’appoint et aux heures supplémentaires, sans aucune vision pour la création d’emplois de qualité, durables, ni pour l’augmentation du taux d’emploi.

Les flexi-jobbers hautement qualifiés risquent d’occuper des postes qui pourraient être occupés par des travailleurs moins qualifiés, tandis que les travailleurs à temps partiel involontaire risquent de ne pas pouvoir augmenter leur temps de travail.

La Banque nationale (BNB) a récemment souligné le fait que les flexi-jobs aggravent les pénuries de main-d’œuvre dans les secteurs en manque de personnel. Selon les chiffres de l’ONSS, près d’un flexi-jobber sur cinq en Belgique travaille à titre principal dans l’enseignement ou les soins de santé.

Du point de vue du marché du travail également, l’extension des flexi-jobs pose des questions fondamentales, comme l’a souligné le Conseil d’État. Le système instaure un statut financièrement plus avantageux que l’emploi régulier, sans qu’une nécessité ne le justifie à l’échelle de l’ensemble du marché du travail. Cela crée de facto des inégalités entre travailleurs. En effet, comment expliquer que, pour un travail identique, une personne conserve une part nettement plus importante de son salaire que son ou sa collègue ?

En résumé, le Conseil d’État indique avoir de sérieux doutes quant à la conformité de l’extension des flexi-jobs avec les principes constitutionnels d’égalité et de non-discrimination.

La FGTB examine dès lors les possibilités de recours juridiques contre cette extension.